Et François Xavier ne vivait qu'un jour après l'autre.

Parfois, nous nous demandons à quel point il serait facile de brûler pour un idéal si nous étions, par exemple, saint François-Xavier, et que nous tournions notre regard vers Dieu en Inde. Nous oublions cependant que même François-Xavier vivait un jour après l'autre, confronté à un sentiment d'impuissance et de découragement, quand chaque période de vingt-quatre heures lui apportait autant de défaites et de désillusions que de victoires, si bien qu'il lui fallait également faire face à soixante minutes remplies de choses banales. Nous oublions qu'il devait composer avec des personnes limitées et leurs intérêts terre à terre, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année. Lorsqu'il tentait d'annoncer l'évangile, combien de fois devait-il se demander s'il était même possible de toucher toutes ces millions de personnes autour de lui ? Combien de fois se devait-il de se sentir dégoûté lorsque les gens rejetaient son enseignement ? Combien de fois devait-il être malheureux face à tout le mal qui l'entourait et combien de fois devait-il se sentir impuissant face à son désir d'y faire face ?

Le royaume de Dieu a effectivement commencé sur terre avec la venue du Christ, mais le monde n'a pas changé de manière visible après sa naissance. Douze pêcheurs galiléens ont été chargés d'annoncer la bonne nouvelle à travers le monde - et à quel point cette tâche devait sembler désespérée même aux plus courageux d'entre eux ! Vingt siècles plus tard, le royaume de Dieu est toujours aussi petit qu'un grain de moutarde et les prêtres - tout comme autrefois les apôtres - doivent faire face à la tâche impossible d'amener des personnes qui n'ont jamais connu la foi ou qui l'ont perdue sous le poids de la vie ou l'inondation de la propagande, à prêter l'oreille à la bonne nouvelle du salut et à l'amour de Dieu et à croire en elle. Cette bonne nouvelle touche des individus par l'action de la grâce divine et selon la providence de Dieu, non pas à travers une grande croisade idéaliste ou un miracle du jour au lendemain. Chaque jour de notre vie, Dieu nous envoie des personnes et des occasions en espérant que nous agirons. Il n'attend pas plus de nous, mais n'acceptera pas non plus moins. Et nous ne respectons pas notre promesse et notre engagement de mission sacerdotale si nous ne reconnaissons pas la volonté de Dieu dans chaque situation et à chaque moment de chaque jour.

(Walter J. Ciszek SJ /1904–1984/, Il me guide, chapitres 14)