L'une des causes de l'inquiétude de nombreux chrétiens est sans aucun doute la mentalité qui se réjouit des statistiques. On leur accorde la plus grande importance. Que de choses ont déjà été comptées dans le monde chrétien ! On "annonçe" la participation à la messe dominicale, les baptêmes, les communions, les vocations sacerdotales et religieuses, etc. ! Tout a été soumis aux statistiques et aux graphiques ascendants ! Certes, ce sont des données utiles à connaître et précieuses pour ceux qui savent comment les utiliser. Le risque est de leur attribuer une importance démesurée par rapport au profond mouvement qui anime le peuple de Dieu et qui ne peut jamais être capté par des chiffres. Lorsque David voulait compter ses sujets dans l'Ancien Testament, Dieu le punit sévèrement pour cela. Et lorsque Gédéon partit combattre contre les Madianites avec une armée qu'il croyait forte, Dieu l'appela à renvoyer la majorité chez elle. Car quand il s'agit du royaume de Dieu, ce n'est jamais le nombre qui compte, mais une certaine qualité cachée, rarement visible à l'extérieur et certainement jamais correspondant à la quantité.
(André Louf, OCSO /1929–2010/, entretien littéraire « Dans la grâce de Dieu »)