La grandeur et la sainteté de Dieu (partie 2)

P. Salvador Villota, O.Carm.

Marie précise que cette grandeur se rapporte à la sainteté. « De grandes choses m’a fait le Tout-Puissant, dont le nom est saint. » Grandeur et sainteté. Cependant, les œuvres de Dieu ne sont pas ostentatoires, pompeuses. Il ne les met pas en avant, comme nous le faisons parfois. Nous faisons quelque chose et nous voulons déjà que tout le monde le sache. Que les autres voient à quel point tu es grand. « Tout cela, c'est moi qui l'ai fait ! » Il arrive qu’un frère, qui a été provincial, dise ensuite : « Quand j'étais provincial, j'ai fait ceci, cela, et cela ! » Et les autres nous disent discrètement : « Quand il était provincial, rien ne s'est passé. » Ainsi, on se pose la question de ce qu’il en était véritablement… Souvent, nous essayons d’être vus, nous ne sommes pas humbles. Mais l’œuvre de Dieu est caractérisée par la sainteté. Qui savait que l'ange Gabriel était venu à Nazareth s'adresser à une jeune fille ? Personne – seulement Dieu. Qui a entendu le Magnificat, lorsque Marie a prononcé ces mots devant sa cousine Élisabeth ? Personne.

Dieu agit toujours dans son œuvre avec sainteté, parce que Dieu s'engage, se révèle et donne… Lorsque je me consacre à une œuvre, je n’ai pas besoin de dire : « C’est moi qui l’ai fait », car cette œuvre parle d’elle-même. Dieu doit-il vraiment expliquer : « C'est moi qui l'ai créé ? » Après tout, la création parle de lui ! À juste titre, Dieu pourrait nous dire : « La création parle de moi. Regardez-la et ainsi vous connaîtrez qui je suis. À travers mon œuvre. » L'œuvre de Dieu et l'être de Dieu sont liés. Dieu est action et être en un seul. Nous sommes divisés, et ainsi nous parlons de ce que nous avons fait, séparément de notre être : « J'ai fait ceci et cela. »

Marie était intérieurement liée à l'Esprit Saint. (C'est important pour l’âme, car le souffle de Dieu, l'Esprit Saint, stimule notre âme.) Ainsi, elle était capable de percevoir la sainteté de Dieu. Et elle dit : « Son nom est saint. » Le nom signifie : ce que Dieu révèle de lui-même. Marie dit : « Ce que Dieu révèle de lui-même est saint. » Marie nous oriente ainsi vers une expérience authentique de Dieu. Cela est la condition de toute vie spirituelle. Et c'est évidemment aussi la condition de notre réponse à un appel personnel. L'appel personnel est toujours en lien avec notre relation personnelle avec Dieu. Si nous ne vivons pas en lui, cela a de grandes conséquences.

Si nous ne sommes pas connectés à Dieu, nous allons passer nos journées à nous lamenter et à nous plaindre. « Personne ne travaille aussi dur que moi. J'ai tellement de travail. Je n'ai pas le temps de m'arrêter, et les autres ne lèvent même pas le petit doigt. Sans moi, tout cela s'effondrerait. » Et tu ne te rends pas compte que cela existait avant que tu ne viennes, et cela existera après que tu sois parti !

De même : parce que je ne comprends pas la sainteté de Dieu, je veux que tout le monde soit comme moi. Il faut bien comprendre cela : Si je fais une comparaison avec le corps : si je suis un pied (dans le corps de l'Église), alors selon moi, tout le monde doit être un pied. Mais imaginez un corps où tout le monde serait un pied ! Cela ne fonctionnerait pas. Lorsque je regarde les autres à travers ce que je fais, il me semble que personne ne fait rien ou que personne ne fait ce qu'il devrait faire. Parce que je ne comprends pas la grandeur et la sainteté de Dieu, présentes chez chaque personne.

Ou bien je veux incorrectement être quelqu'un d'autre. Ainsi, la main aimerait être un pied, le pied aimerait être la tête – mais ainsi, le corps deviendrait une monstruosité.

Au contraire : Marie ne voulait pas qu'une autre que elle devienne la mère du Messie, parce qu'elle (a accepté que) cela devait être elle. L'archange Gabriel lui a dit : « Le Seigneur veut que tu deviennes la mère du Messie. » Et Marie ne répond pas : « Va voir la voisine, elle ne fait que paresser toute la journée, elle a certainement besoin de faire quelque chose… » – Tellement souvent, hélas, c'est ainsi que nous agissons. Le Seigneur vient à toi et te dit : « Tu devrais faire ceci ou cela, parce que tu en as les capacités. » Et nous disons : « Non, que ce soit le voisin, quelqu'un d'autre. » Parce que nous ne comprenons pas la grandeur et la sainteté de Dieu.

Et nous ne percevons pas non plus ce que cela signifie pour Marie d’avoir cette mission qui est la sienne : devenir mère. Cette mission suscite la crainte. Marie vit en présence de Dieu et comprend combien de mal, combien de mépris du bien l'entoure. Et elle devra porter cela en elle et le supporter – quand elle doit devenir la mère de Dieu. Et malgré cela, elle dit : « Mon âme magnifie le Seigneur. »

La vie spirituelle est donc une vie en relation avec Dieu. Dans une relation authentique avec Dieu, le grand et saint. Nous devons donc être préparés à ce que Dieu nous fasse parfois un coup dur. Parfois, nous faisons quelque chose et nous agissons comme si c'était notre enfant que nous ne pouvons pas abandonner. Par exemple, lorsque je suis chargé d'une mission d'être supérieur, prieur ou économe. Et je réfléchis : « Surtout qu'on ne me retire pas cette fonction ! » D'abord, nous ne voulons pas accepter la fonction, puis nous ne voulons pas l'abandonner… Pourtant, ce qui est important, c'est notre relation authentique avec Dieu, tout le reste est secondaire. Cette bibliothèque, où nous sommes assis, est là aujourd'hui et demain elle peut ne plus être là. Ce qui est et ce que nous avons dépend de ce que Dieu veut – à chaque instant. Lui seul est important. Notre relation avec Dieu ne doit pas être hypocrite. Elle ne doit pas être craintive. Je suis devant Dieu un petit enfant. Je dois tout lui dire.

Sans endurcir mon cœur. Vous savez comment les enfants peuvent parfois faire du chantage : « Tu dois me donner ceci ; et cela et cela ! » Ainsi, nous agissons parfois nous aussi envers Dieu. Souvent, nous voulons même des choses qui ne sont pas bonnes. (Si je m'en tiens à la comparaison que Jésus a utilisée un jour :) nous sommes persuadés que nous demandons un œuf, mais souvent, nous voulons un serpent. Et Dieu ne veut pas nous le donner. Parce qu'il nous aime. Et nous insistons encore : « Je veux cet œuf ! Et c'est un œuf, un œuf ! » Et parfois, Dieu dira : « Très bien, prends donc ce serpent. » Et que se passe-t-il ensuite ? Nous prenons douloureusement conscience et nous ne voulons plus cela. Nous savons déjà quelle est la vérité.

Donc : nous ne devons pas avoir un cœur endurci. L'opposé d'un cœur endurci est un cœur silencieux. L'endurcissement du cœur est de l'« obstination ». Tandis qu'un cœur silencieux signifie être un obstiné, qui dit : « Je vaincrai le mal par le bien. Plus je me heurte au mal, plus je répondrai par le bien. » C'est ainsi que Jésus s'est comporté – obstiné. À tout ce qui lui venait de mal, il répondait obstinément par le bien. Dans l'Esprit Saint, nous sommes transformés à un nouveau style de comportement. Saint Paul d'abord était jalousement attaché à l'observance de la Loi. Mais quand il a ensuite rencontré Jésus, il est devenu jalousement attaché à la fidélité au Christ. Au départ, il voulait être le premier – et ensuite il voulait aussi être le premier, mais déjà selon Christ. Tout (y compris les injustices que nous subissons) est bon, si nous sommes en présence du Seigneur. Si ce n'est pas le cas, nous n'avons aucune chance, car alors ce qui nous arrive, nous l'utilisons mal et nous laissons nous tromper par le démon. Il s'agit d'une relation sans douter de se donner, ou de se retenir. Ne pas dire au Seigneur : « Oui, je ferai tout ce que tu veux ! » et une minute après : « Non, je ne ferai pas ce que tu dis. » Une telle oscillation ralentit, freine notre relation avec Dieu, lui fait obstacle.

(À suivre dans le prochain numéro.)

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