Que cela importe-t-il si la bonne nouvelle se déguise pour l'instant en droits de l'homme ?

Quand il s'agit de l'Église, aucune explication purement sociologique, même si elle est valable aux yeux du sociologue, ne peut épuiser tout son mystère. N'est-ce pas surtout l'Esprit Saint qui demeure en elle et qui l'envoie dans le monde entier pour annoncer la bonne nouvelle, afin qu'elle imprègne tous les gens et toutes les cultures d'un amour dont elle est le porte-parole ? Cela est la force de l'Esprit, habitant dans l'évangile, qui provoque la crise et soutient la réforme partout où l'évangile est prêché. De cela découle un dialogue constant entre la bonne nouvelle et les cultures qu'elle touche. Ce dialogue porte également des fruits dans notre propre culture.

Par exemple, avons-nous suffisamment remarqué que certaines soi-disant valeurs « humanitaires », que presque tout le monde reconnaît aujourd'hui, alors qu'il y a à peine cinquante ans ce n'était pas le cas, sont le résultat de l'émanation de l'évangile ? Nous pouvons mentionner l'abolition de l'esclavage au siècle dernier, mais récemment encore l'abolition de la peine de mort (que même des institutions chrétiennes ont eu du mal à admettre), l'égalité entre hommes et femmes, le rejet de la torture (que certains aumôniers militaires chez nous justifiaient encore récemment). Quelqu'un pourrait dire que l'évangile s'est bien sécularisé à ce sujet. Mais qu'importe, si la bonne nouvelle se déguise temporairement en droits de l'homme, tant que le Christ est prêché, tant que la force de l'Esprit brille encore dans ce monde, même de manière anonyme. Après tout, même saint Paul, dans son discours aux Athéniens, s'appuyait sur leur « dieu inconnu » lorsqu'il voulait leur annoncer le Dieu de Jésus-Christ. Ce n'est qu'au ciel que nous pourrons contempler toute la splendeur de ce que nous sommes invités à vivre sur terre à travers des signes et des symboles.

(André Louf, OCSO /1929–2010/, entretien livre « Dans la grâce de Dieu »)