Mon cher ami,
la mort est une chose trop commune pour qu'on puisse en parler comme d'une nouveauté. Notre vie n'est rien d'autre qu'un prêt, dont nous devons tirer le maximum de profit pendant la durée de l'emprunt. Un bon départ de ce monde n'exige qu'un court chagrin, après tout c'est un port qui nous protège des tempêtes, une entrée dans la béatitude éternelle. Un immense chagrin pour le mort est soit le fruit de l'amour-propre, soit d'un jugement hâtif.
Ne seriez-vous pas attristé que votre ami quitte une maison en ruine et que la maison elle-même soit réduite en poussière, si vous saviez qu'elle sera reconstruite dans une forme bien plus noble et apportera à son occupant la joie d'un meilleur foyer ? Laissez donc l'âme de votre sœur s'en aller sans chagrin ; que son corps retourne à la poussière. Détournez vos yeux des décombres de cette maison et fixez-les sur la majesté de la nouvelle construction, qui, selon les mots de saint Paul, sera indestructible, glorieuse, mystérieuse, spirituelle et immortelle. Ne considérez pas comme une souffrance le fait qu'elle soit maintenant séparée de vous, mais prenez conscience de la grâce qu'il vous a été accordé de l'avoir "empruntée" pendant si longtemps. Ne montrez aucune réticence à rendre à Dieu ce qui est à lui, car vous n'avez jusqu'à présent engagé aucun intérêt usuraire pour cela. Réfléchissez non pas à combien de temps vous auriez encore pu jouir de sa compagnie, mais combien plus tôt vous auriez pu la perdre, et acceptez le fait qu'il est de droit de notre Seigneur et Maître de définir suffisamment les raisons de sa mort. Laissez-le – avec votre consentement – récolter les raisins de sa vigne et cueillir les fruits de ses propres arbres ; et réfléchissez à quel point Ses merveilles sont en sécurité dans les mains de leur Créateur, qui les aime plus que tout et est le plus capable de les protéger. Car il a plu à Dieu de l'appeler et elle a pu partir. Et vous, le troisième d'entre eux, devez enrouler ces trois sources en une corde en disant : Le Seigneur a donné, le Seigneur a pris, que cela arrive selon Sa volonté, que le nom du Seigneur soit loué.
Robert
(Robert Southwell, SJ /1561–1595/, lettre à un ami, 30 septembre 1591)