Pape Paul VI.
Il y a cinquante ans, du 4 au 6 janvier 1964, le pape Paul VI a entrepris le premier voyage papal moderne - un pèlerinage en Terre Sainte. (Selon les historiens, le dernier pape avant lui à quitter le sol italien était Pie VII en 1814, lorsqu'il fut contraint par Napoléon de se rendre à Fontainebleau près de Paris.)
Ce pèlerinage de Paul VI a suscité un grand émoi - non seulement parce que le pape l’a annoncé à peine un mois avant son déroulement. Il s’agissait du premier pèlerinage d’un pape en Terre Sainte, Paul VI a rencontré à Jérusalem le patriarche de Constantinople Athénagore, avec qui, en 1965, ils ont levé l’excommunication mutuelle prononcée par leurs prédécesseurs neuf siècles plus tôt.
Un témoignage particulier de l'impact de ce pèlerinage est le livre Pèlerin apostolique, écrit sur ce pèlerinage par le P. François Hobizal et publié chez nous en 1992. Dès le temps du pèlerinage, le P. François notait les informations disponibles et rassemblait des coupures de presse. En 1983, il écrivit son livre en trois semaines. Sa publication a eu lieu après neuf ans, à la suite du changement des conditions politiques chez nous. Le 5 janvier de cette année, le pape François a publié son intention d'effectuer un pèlerinage en Terre Sainte du 24 au 26 mai 2014, au cours duquel il souhaite avant tout commémorer la rencontre historique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagore. Ainsi, une partie du voyage du pape consistera en une rencontre œcuménique avec le patriarche de Constantinople Barthélemy et tous les représentants chrétiens de Jérusalem au Saint-Sépulcre. Le pape François a qualifié son voyage de « pèlerinage de prière » et a demandé à tous de prier pour ce pèlerinage. En mémoire du pèlerinage de Paul VI en Terre Sainte, nous proposons la traduction d'une belle méditation qu’il a prononcée à la basilique de l'Annonciation à Nazareth le dimanche 5 janvier 1964.1
Église sur la montagne des Béatitudes.
Selon la tradition, ici le Seigneur Jésus a prononcé le sermon sur la montagne (Mat 5-7) et a choisi douze apôtres (Lc 6,12-16)
Profession de foi filiale envers la Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de tous
Ici à Nazareth, nos pensées se tournent d'abord vers la Très Sainte Vierge Marie :
- pour lui témoigner notre respect et notre dévotion filiale,
- pour renforcer cette dévotion de sorte qu'elle soit authentique, profonde et unique, en accord avec le plan de Dieu : (car Marie) est pleine de grâce, immaculée, Vierge perpétuelle, Mère du Christ et ainsi Mère de Dieu et notre Mère, femme accueillie au ciel, heureuse Reine, modèle de l'Église et notre espérance.
Ensuite, nous confierons à Marie notre humble intention filiale d'essayer de la vénérer et de l'honorer d'une manière particulière. Avec un respect qui nous aidera à connaître les grandes choses que le Seigneur a faites en Marie. Avec une piété particulière qui attise nos sentiments les plus pieux, les plus purs, les plus humains, les plus personnels et les plus intimes. Avec un respect qui élèvera hautement devant le monde le modèle de la perfection humaine et de confiance en elle.
Ensuite, lorsque nous voulons honorer sa bonté, son amour et son intercession, nous présenterons à Marie nos demandes pour tout ce qui nous tient le plus à cœur :
- des demandes pour qu'elle préserve dans notre âme une sincère dévotion envers elle ;
- des demandes pour que, par la connaissance, le désir, la confiance et l'effort, nous nous rapprochions de la pureté de l'âme et du corps, de la pureté des sentiments et des mots, de l'art et de l'amour ; cette pureté que le monde d’aujourd’hui sait seulement offenser et mépriser ; cette pureté à laquelle Jésus-Christ lie une de ses promesses, une des béatitudes - la promesse d'une vision éclatante de Dieu ;
- une demande pour que nous soyons, en ce sens, conduits par elle, Notre Dame, dame de cette maison, et par son époux, le bon et solide Joseph, à la proximité intime du Christ, son fils humain et divin, Jésus.
Nazareth nous est une école
La maison de Nazareth est une école où nous commençons à comprendre la vie du Christ : elle est donc l'école de l'évangile. C'est ici que nous apprenons à voir, écouter, méditer et pénétrer profondément la force grande et mystérieuse qui est cachée dans cette révélation très simple, très humble et très belle du Fils de Dieu. Et peut-être que peu à peu nous apprenons aussi à l'imiter.
Ici, nous acquérons vraiment la manière et le chemin de reconnaître qui est le Christ. Ici, nous comprenons particulièrement à quel point ce qui concerne sa présence parmi nous et ce qui la détermine : à savoir les lieux, le temps, les coutumes, la langue, les rites sacrés et tout ce par quoi Jésus s'est rendu manifeste au monde.
Tout ici parle, tout a un sens. Tout (cela) a un double sens : d'une part un sens extérieur, que l'on peut percevoir immédiatement par nos sens et notre capacité de connaître. Celui-ci est perçu par ceux qui regardent de l'extérieur, qui étudient et jugent seulement la forme philologique et historique des textes sacrés. La Bible elle-même l'appelle « lettre ».
Cette étude est importante et nécessaire, et pourtant celui qui s'y attache reste dans l’obscurité. Elle (en effet) peut tromper et induire à l’orgueil face aux connaissances, si l'on ne regarde pas ce qui apparaît dans l'évangile avec un œil pur, avec une humilité d'esprit, avec de bonnes intentions et avec une prière intérieure.
Ce qui est extérieur dans l'évangile partage son contenu intérieur, c’est-à-dire la révélation de la vérité, la réalité qu'il présente et cache, à savoir qu'il ne la communique qu'à ceux qui s'exposent à la lumière. À la lumière, émanant de la droiture d'esprit, c’est-à-dire de la pensée et du cœur - ce qui est la condition subjective et naturelle dont chacun devrait prendre soin en lui-même - et à la fois émanant du courant insaisissable, libre et immérité de grâce, qui, grâce au mystère de la miséricorde (divine), qui guide le sort de l'humanité, n'est jamais absent - au moins pour un certain temps et d'une certaine manière. Non, cela ne fait défaut à personne de bonne volonté. C'est là où réside l’« esprit ».
Ici, assurément, dans cette école, nous comprenons pourquoi il est nécessaire de garder une discipline spirituelle, si quelqu'un souhaite se conformer à l’enseignement de l’évangile et être un disciple du Christ.
Ô, comme nous aimerions retourner à notre enfance (la plus tendre) et nous confier à cette insignifiante, mais si noble école nazaréenne ! Comme nous désirons ardemment pouvoir, près de la Sainte Vierge, renouveler notre quête de la véritable sagesse de vie et pénétrer les vérités divines !
Cependant, nous sommes assis ici seulement en tant que pèlerins et nous devons renoncer à notre désir de continuer ici notre formation jamais finie à la compréhension de l’évangile. Toutefois, nous ne partirons pas sans avoir emporté en toute hâte et discrètement de ce séjour nazaréen au moins des enseignements succincts.
D'abord, cette maison nous enseigne le silence. Puissions-nous raviver en nous la plus haute révérence pour le silence : c'est en effet un état d’esprit admirable et nécessaire face à la vie tumultueuse et agitée de notre époque, où tant de cris, de fracas et de tumultes nous assaillent !
Ah, ce silence de Nazareth, apprends-nous la recueillement et la vie intérieure, la préparation constante à écouter les bonnes inspirations et les conseils des vrais maîtres ! Apprends-nous combien la préparation, l'étude, la méditation, l'ordre de vie personnel et intérieur et la prière, qui ne sont vues en secret que par Dieu, sont nécessaires et précieuses !
De plus, nous reconnaissons ici à quel point le foyer, la vie familiale est importante. Que Nazareth nous enseigne ce qu'est la famille, comment doit être sa communauté dans l'amour, quelle est sa beauté sobre et simple, à quel point sa nature est sacrée et inviolable ! Apprenons de Nazareth à quel point l'éducation dans la famille est douce et irremplaçable. Laissons-nous instruire sur quelle immense mission la famille a naturellement dans l'ordre social.
Et ici, nous apprenons encore le travail. Ô lieu de Nazareth, maison « du fils du charpentier », comme nous aimerions comprendre et valoriser ici la loi sévère, mais qui participe à la rédemption de l'effort et du travail humain ! C'est ici que nous voudrions renouveler la conscience de la dignité du travail et rappeler que le travail ne peut avoir pour but lui-même. Il devrait être une activité libre et noble, mais cela - plus que de son rendement économique - découle des valeurs qu'il vise. Enfin, nous aimerions précisément de cet endroit saluer tous ceux qui travaillent dans le monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur Frère divin, le prophète de toutes leurs justes demandes - Christ, notre Seigneur.
Nous entendons l'écho des paroles du Christ
Ainsi, que notre pensée s'éloigne de Nazareth et qu'elle progresse à travers ces montagnes galiléennes, qui ont fourni un environnement naturel et orné la voix de notre Maître et Seigneur. Nous manquons (de) temps et de forces suffisantes pour à présent, à ce moment, ratifier de nouveau son message divin destiné à tout le monde.
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Basilique de l'Annonciation à Nazareth. |
Cependant, nous ne renonçons pas à regarder vers la montagne des Béatitudes, qui résume et culmine l'enseignement évangélique, et à essayer d'entendre l'écho de cet enseignement qui flotte dans cette atmosphère mystérieuse et parvient jusqu'à nous.
C'est la voix du Christ qui proclame la Nouvelle Loi, cette nouvelle loi qui englobe et dépasse la Loi ancienne et élève l'action humaine à son apogée de perfection. Un motif important dans l'action de l'homme est (une sorte de) inclination, qui influence (la manière dont l'homme utilise sa) liberté. Dans la Loi ancienne régnait la peur. Dans la vie pratique de chaque époque - y compris la nôtre - (dominent) l’instinct et l’intérêt. Avec le Christ, que le Père a offert au monde par amour, règne la loi de l'amour. Lui-même nous a appris à écouter par amour ; et ce par son don de soi.
Saint Augustin nous enseigne : « Dieu a donné des préceptes moindres au peuple qu'il fallait encore lier par la peur, et à travers son Fils (il a donné) des préceptes plus grands au peuple qu'il était convenable de libérer par l'amour » (amour qui se donne ; charité).2
Christ dans son évangile a donné au monde le plus haut but et la plus grande force pour l'action (de l'homme) et ainsi pour sa liberté et son progrès : à savoir l'amour. Personne ne peut le surpasser, personne ne peut l'emporter, personne ne peut le remplacer. Son évangile est la clé de la vie. L'être humain atteint dans la parole du Christ son plus haut niveau. Et la société humaine y trouve sa cohésion la plus appropriée et la plus forte.
Nous croyons, Seigneur, en ta parole, nous voulons la suivre et la vivre.
Maintenant, nous voulons nous écouter l'écho qui résonne dans nos âmes, dans les âmes des hommes contemporains du vingtième siècle. Voici les leçons que, semble-t-il, cette parole nous donne.
Heureux sommes-nous si nous - pauvres en esprit - parvenons à nous libérer de la fallacieuse dépendance aux richesses matérielles et que nous sommes capables d’orienter nos désirs d'abord vers les richesses spirituelles et religieuses. Et si nous respectons et aimons les pauvres comme des frères et comme des images vivantes du Christ.
Nous sommes heureux si, élevés dans l'esprit de tempérance, nous savons renoncer au triste pouvoir de la haine et de la vengeance. Et au lieu de menacer avec des armes, nous préférons le pardon généreux, l'alliance dans la liberté et le travail, la victoire acquise par la bonté et la paix.
Heureux sommes-nous si nous ne faisons pas de l'égoïsme la règle déterminante de notre vie et du plaisir (comme mesure) de son sens. Mais si nous savons découvrir dans la tempérance l'énergie, dans la souffrance la source de rédemption, dans le sacrifice le sommet de la grandeur.
Nous sommes heureux si nous choisissons plutôt d'être opprimés que d'oppresser les autres, et si nous aspirons toujours à une justice plus grande et plus grande. Heureux sommes-nous si pour le royaume de Dieu nous savons maintenant et toujours pardonner et lutter, travailler et servir, souffrir et aimer.
Nous ne serons jamais confondus.3
Et comme si aujourd'hui nous entendions à nouveau sa voix. À l'époque, elle était plus forte, plus douce et plus redoutable : elle était divine.
Mais en désirant entendre au moins cet écho des mots du Maître, nous - j'en suis convaincu - devenons ses disciples et acquérons vraiment une nouvelle sagesse, une nouvelle valeur.
(Ont participé à la traduction
Jaroslava Kučerová, Sœur Magdalena Šmídová, OSU, et P. Gorazd, O.Carm.
Le livre de François Hobizal contient des citations libres de l'homélie aux pages 54-56.)
En plus de l'Annonciation, que rappelle la basilique, Nazareth est aussi le lieu où Jésus a grandi (comme Paul VI en a médité) et d'après lequel il a été appelé (Mc 1,24) et où ses voisins et amis lui ont refusé leur foi (Mc 6,1-6).





