Témoignage du P. Hilarion Januszewski pour nous aujourd'hui.

P. Joseph Chalmers, O.Carm., Rome

(Nous avons déjà mentionné la récente béatification du carme polonais, le P. Hilarion Januszewski (1907-1945), dans le numéro précédent du Carmel. Nous avons brièvement évoqué son histoire de vie et nous nous sommes encouragés à être réceptifs afin que, par l'intermédiaire de ce lien avec notre frère, nous puissions être nouvellement interpellés par le Seigneur lui-même. L'article s'est intentionnellement terminé de manière « non concrète », sans que nous essayions d'exprimer plus précisément le contenu du témoignage du père Hilarion pour nous. Il a ainsi été laissé de l'espace pour que nous cherchions et posions des questions non pas dans les pages de la revue, mais dans la prière... Chacun personnellement.

À l'occasion de ladite béatification, le père général de l'ordre des Carmes, P. Joseph Chalmers, a publié une lettre au sujet du nouveau bienheureux, qu'il a intitulée « Fidèle en peu, fidèle en beaucoup... ». Dans cette lettre, nous vous présentons maintenant la partie dans laquelle le message de l'exemple du nouveau bienheureux essaie d'être capturé par le père général lui-même.)

Témoignage du P. Hilarion pour nous aujourd'hui

La béatification du père Januszewski est pour tous les carmes une source de joie et de bonheur. L'Église a reconnu l'un de nos frères comme intercesseur et exemple, témoin convaincant pour toute l'Église. C'est pour les carmes une occasion de ne pas seulement se réjouir et exprimer leur joie par des célébrations, mais aussi de réfléchir et de méditer plus profondément sur le témoignage du père Januszewski, afin que dans son exemple, nous trouvions la clé de notre propre chemin de vie aujourd'hui.

D'abord, la vie du père Januszewski est pour nous un bon exemple d'une vie désintéressée, tranquille et silencieuse, fondée sur une profonde prière et sur le service aux autres. Ceux qui l'ont connu insistent sur le fait qu'il était remarquablement simple. S'il n'y avait pas eu sa mort héroïque, il aurait probablement été oublié, car il n'excelait jamais par quelque chose de particulier. Mais avec une force qui émanait d'une vie de prière, d'une vie en présence du Seigneur - ce qui est si typique et propre à la spiritualité carmélitaine - il s'est donné aux autres avec la même simplicité avec laquelle il a vécu une vie tranquille et laborieuse. En tant qu'homme élevé dans la piété quotidienne, il a généreusement risqué sa vie, faisant face à l'emprisonnement et à la réalité du camp de concentration. Nous pourrions dire qu'il a su être fidèle à sa vocation dans des conditions ordinaires et qu'en conséquence, il a également été capable d'être tout aussi fidèle dans des circonstances extraordinaires. Fidèle en peu, il a été fidèle aussi en grande chose (Lc 16,10).

Lorsque le père A. Urbanski, qui partageait sa vie religieuse et son sort d'épreuves, écrivait aux supérieurs de l'ordre à Rome pendant la stricte quarantaine qui a suivi la libération, il s'est exprimé sur sa mort comme suit :

Proh dolor R. P. Hilarius Januszewski, die 26.3.45, uno Mense ante liberationem, tanquam victima zelus sacerdotalis erga infectuose infirmos, mortuus est.1

Ce siècle touche à sa fin et nous sommes choqués par certains événements qui se sont produits au cours de celui-ci. Les camps de concentration, dans lesquels le père Januszewski a perdu la vie, sont considérés comme particulièrement cruels et inhumains. Néanmoins, il existe aujourd'hui des situations qui, d'une certaine manière, semblent très similaires : haine raciale, pauvreté et famine, guerres de toutes sortes, massacres, mouvements nationalistes violents et sans pitié... Le témoignage du père Januszewski appelle les carmes du vingt et unième siècle à une décision radicale pour une vie qui est, en cette période, menacée de bien des manières. Le père Hilarion a su le faire de la manière la plus noble - en donnant sa vie pour les autres.

L'exemple du père Januszewski nous rappelle que les carmes, au milieu de la « culture de la mort », qui se manifeste de plusieurs manières, sont appelés à défendre la vie.2 Non pas seulement dans ces régions du monde où la « culture de la mort » est plus évidente, mais aussi ailleurs, où sa présence est moins manifeste. De plus - malgré la tentation de ne chercher que l'« utilité », malgré la tentation d'évaluer les êtres humains selon leur performance et de rejeter ceux qui ne sont plus « utiles » et deviennent un fardeau - le père Januszewski s'est radicalement engagé en faveur des mourants, des inutiles, de ceux qui, apparemment, n'avaient plus rien à offrir. Par cet acte, il a déclaré et attesté que la vie humaine est - pour elle-même et en elle-même - une valeur sacrée. Ce témoignage que le père Januszewski a rendu a été poussé à l'extrême - en donnant sa propre vie.

En le père Januszewski, nous trouvons également un modèle particulièrement remarquable pour la manière dont nous pouvons aujourd'hui vivre le charisme carmélitain. Januszewski, homme du silence et de la prière, habitué à « parler à Dieu », dévoué à la contemplation (comme tout bon carme), n'avait pas de difficulté à trouver le visage du Christ dans les faibles, les nécessiteux et les souffrants. Dans les conditions terribles du camp de Dachau, les plus pauvres étaient ceux malades du typhus, mourants, et le père Januszewski, avec d'autres volontaires parmi les prêtres, était prêt à rester avec eux et à mourir avec eux et pour eux. Une vie de prière intense nous rend plus humains et capables de vivre solidairement avec les autres ; cela nous donne l'intuition et la sensibilité nécessaires pour découvrir, au milieu des tensions et des contradictions de la vie, la présence mystérieuse du Seigneur dans ceux qui sont les plus faibles. Les carmes sont appelés, comme Jean dans la barque sur le lac de Galilée, entre les ténèbres de la nuit qui passe et la lumière de l'aube, à proclamer avec humilité, mais fermement : « C'est le Seigneur » (Jn 21,7).

Enfin, le témoignage d'Hilarion Januszewski, qui sera bientôt proclamé bienheureux, doit montrer aux carmes du monde entier l'importance de la dimension internationale de notre ordre. Nous ne devons pas oublier que la majorité des patients dont le père Januszewski s'est occupé étaient des Russes (provenant donc d'un pays ennemi). Mais cela ne semblait pas influencer sa décision. En surmontant les barrières nationales, le père Januszewski nous offre un véritable témoignage de fraternité universelle, de réconciliation entre des nations ennemies et de paix.

Trois ans auparavant, le bienheureux Titus Brandsma avait conclu un document qu'il avait rédigé dans le cadre de l'enquête concernant la résistance des catholiques néerlandais au national-socialisme par ces mots : « Que Dieu bénisse les Pays-Bas ! Que Dieu bénisse l'Allemagne ! Que Dieu veuille que les deux nations marchent bientôt de nouveau dans la paix et la liberté et reconnaissent sa gloire ! »

Que l'exemple et l'intercession de ces deux bienheureux carmes nous aident à entrer dans le vingt et unième siècle avec un véritable esprit de service, de paix et de justice, né d'une rencontre fidèle et intense avec le Seigneur ressuscité.

Fr. Joseph Chalmers, O.Carm., supérieur général
(Traduit de l'anglais par Miluška Hosnedlová.)