Le chemin vers le Christ

Christologie de sainte Thérèse d'Avila

(D'après l'étude de P. Ulrich Dobhan OCD Le chemin de Thérèse vers le Christ,
publiée dans le recueil Le chemin vers la source Thérèse d'Avila 1582–1982; Patmos Verlag Düsseldorf,
organisé par Joseph Kotschner O.Carm.; rédigé par sr. Petra de la Résurrection OCD.)

Dieu se révèle et donne à l'homme par sa décision totalement libre. Par cette révélation de lui-même, il s'adresse aux gens comme des amis et interagit avec eux pour les inviter et les accueillir dans son communauté. Le médiateur et la plénitude de toute Révélation est son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ (Dei verbum, 2).

Sainte Thérèse écrit dans sa Vie : "J'ai toujours eu un grand respect pour le Christ. J'ai toujours reconnu et je reconnais encore que nous ne pouvons plaire à Dieu, ni que Dieu ne donne sa grâce, sinon par l'humanité très sainte du Christ, en laquelle il a eu plaisir, comme il l'a dit lui-même ... C'est pourquoi, ne cherchez pas d'autre chemin ... tout le bien vient de ce doux Seigneur" (Vie XXII,4,6,7). Le chemin spirituel de sainte Thérèse est donc un chemin vers le Christ, une amitié avec Dieu.

Les premiers souvenirs d'enfance que sainte Thérèse relate dans sa Vie montrent des dispositions religieuses fortes, qu'elle semble avoir reçues dès son berceau. Quoi qu'il en soit, ses parents l'ont beaucoup soutenue dans ce domaine. "Mon père aimait beaucoup lire de bons livres. Il en avait beaucoup en langue populaire, afin que ses enfants puissent les lire. Ma mère s'est occupée de nous apprendre à prier" (Vie I,1). Ce milieu pieux portait du fruit : "... nous avons décidé de vivre comme des ermites ... Je recherchais la solitude pour y prier mes nombreuses prières, surtout le rosaire, que ma mère aimait prier et essayait de nous inculquer" (Vie I,5,6). De cette manière, Thérèse entre très tôt – vers l'âge de six ou sept ans – en contact avec Jésus-Christ, avec les mystères de sa vie, sur lesquels elle médite en priant le rosaire.

Dans l'expérience religieuse de l'enfant Thérèse, se mêle l'image de Dieu, qui nous est devenu proche en Jésus-Christ, à l'image de Dieu invisible et insaisissable. "Nous étions très touchés lorsque nous lisions que les récompenses et les punitions de la vie future sont immenses. Nous nous arrêtions souvent à cette pensée et répétions avec plaisir : Pour toujours ! Pour toujours ! Pour toujours !" (Vie I,4). À ce stade, nous devons également souligner un trait de caractère, typique pour elle, à savoir son ouverture aux autres. Cela se manifeste dès son enfance et Thérèse écrit à ce sujet : "À peine ai-je grandi, j'ai commencé à reconnaître les dons naturels dont Dieu m'avait comblée, et on me disait que j'en avais beaucoup" (cf. Vie I,8). Thérèse était une personne naturellement encline à la rencontre. Ce trait a joué un rôle important dans sa recherche de Dieu.

Jetons un œil sur son autre chemin vers le Christ.

Le deuxième chapitre de la vie de Thérèse se caractérise par la recherche du chemin véritable, le combat pour sa vocation. Au centre de l'attention se trouvent encore de nouvelles rencontres, qui, bien qu'elles ne mènent pas directement au Christ, lui montrent à quel point elle peut être fascinée et comblée par des rencontres avec d'autres personnes. À l'adolescence, Thérèse "commence à être exigeante dans son habillement et désire se faire remarquer" (Vie II,2). Elle fréquente ses parents, malgré l'inquiétude de ses parents. "Ma mère pressentait quelle mauvaise influence pourrait (une de ses parentes) avoir sur ma légèreté, et c'est pourquoi elle s'efforçait de limiter ses visites ... J'avais quatorze ans ou un peu plus, lorsque je me suis rapprochée de cette parente et suis devenue la confidente de sa vanité" (Vie II,3). Après la mort de sa mère, au début de l'année 1529, le combat de Thérèse pour sa vocation s'intensifie. Son père l'emmène au couvent des augustiniennes à Avila. Le moment décisif pour elle est la rencontre avec une des religieuses, sœur María de Briceño y Contreras, qui lui raconte "qu'elle avait décidé de devenir religieuse en lisant dans l'Évangile, car en effet, il y a beaucoup de vocations, mais peu d'élus" (Vie III,1). Cette parole de l'Évangile a aussi eu un impact sur Thérèse. À côté de cette première rencontre explicite avec l'Écriture, il y a encore un autre "événement christologique" qui touche cette période de la vie de sainte Thérèse. "Pendant plusieurs années, presque chaque soir avant de m'endormir, je me plongeais un moment dans la prière de Jésus au jardin des Oliviers ; et cela même avant de devenir religieuse, car on m'avait dit que cela procurait de nombreuses indulgences. Je suis convaincue que mon âme a beaucoup gagné grâce à cet exercice, car je priais sans savoir ce que c'était. Ainsi, j'ai pris l'habitude et y suis restée fidèle comme à la croix que je fais avant de m'allonger" (Vie IX,1). "Sans savoir ce que c'était", elle commence à connaître le Christ dans la prière, et fait ainsi un pas décisif vers lui. Elle réalise que Jésus-Christ a pour elle une signification personnelle, elle termine chaque jour par une pensée pour lui. Sa vie reçoit sens et but de Jésus. Cette affirmation est renforcée par un autre témoignage personnel : elle éprouvait de la jalousie en voyant que d'autres priaient en versant des larmes, tandis que son cœur "était alors si dur que je ne pourrais pas en faire couler une seule larme, même si je lisais toute la souffrance de notre Seigneur : et cela me tourmentait énormément" (Vie III,1). Nous pouvons dire que ce Dieu un peu distant de son enfance, qui "récompense et punit" (cf. Vie I,4), a fait place à un Dieu personnel, qui a souffert et est mort pour nous en Jésus-Christ. Ce qui détermine son comportement n'est plus la peur de la punition éternelle ou l'espoir que, après une mort le plus rapide possible, elle pourra jouir de Dieu, mais l'amour et la compassion. Le Christ entre de manière déterminante dans sa vie. Extérieurement, cette expérience lui est médiatisée par María de Briceño, il s'agit donc aussi d'une rencontre avec un homme, (sans que cela n'invalide le fait que cela a sûrement été un don de grâce). Nous pouvons dire qu'après son séjour chez les augustiniennes, il devenait clair pour Thérèse que le Christ a un rôle décisif dans sa vie, même si elle ne savait pas encore sous quelle forme elle devait vivre le suivi du Christ, c'est-à-dire si elle devait se marier ou aller au couvent.

Et ici, ce seront à nouveau d'autres rencontres avec des gens qui l'aideront à se rapprocher du Christ.

De retour chez elle, elle lit chez un oncle "de bons livres dans sa langue maternelle" et "comprit mieux les vérités qui m'avaient déjà attirée enfant, à savoir la vanité des choses, la futilité du monde, la rapidité avec laquelle tout passe" (Vie III,5). Parmi les livres qu'elle a lus, Thérèse mentionne explicitement les lettres de saint Jérôme, dans lesquelles Jésus-Christ est présenté comme le centre de toute piété. Considérons que Thérèse n'a pas encore totalement décidé d'entrer au couvent, ni éliminé complètement la possibilité du mariage. "J'ai lutté avec cela pendant trois mois" (Vie III,6). Selon ses propres mots, c'est encore le Christ souffrant, dont elle médite, et c'est ainsi qu'elle obtient la force de décider d'entrer au couvent de l'Incarnation. Thérèse comprend que le Christ l'aidera ; et que, puisque lui a tant souffert pour nous, ce ne sera pas si grave si elle aussi souffre un peu pour lui" (cf. Vie III,6). En surmontant la résistance de son père, le combat de Thérèse pour sa vocation est extérieurement terminé. Elle était convaincue que la vie au couvent était de loin la forme la plus sûre pour elle.

Après son entrée, elle semble aller mieux : "Dieu bon a transformé ma précédente sécheresse spirituelle et m'a comblée d'une immense consolation. La joie d'être religieuse ne m'a pas quittée jusqu'à ce jour" (Vie IV,2). Malgré la division intérieure avec laquelle elle est entrée, il lui était clair qu'elle était à la bonne place. Nous pouvons dire que le combat pour le discernement de la vocation a porté ses fruits.

Cependant, tout cela n'était pas si simple – Thérèse est tombée gravement malade. De cette maladie, de nombreuses hypothèses ont vu le jour ; aujourd'hui, la plupart des experts estiment que Thérèse n'a pas pu "croître intérieurement, car elle ne se conformait pas aux formes de piété habituelles dans le couvent. Ils lui ont en effet ôté la prière bénéfique, la méditation de l'humanité de Christ" (Éphrem de la Mère de Dieu). Et encore une fois, c'est une rencontre qui l'a aidée à avancer. En se rendant à Becedas, où elle devait subir un traitement, elle s'est de nouveau arrêtée chez son oncle Pedro, qui l'avait déjà aidée une fois avec de bons livres. Cette fois-ci, elle a lu le "Troisième catéchisme" de François de Osuna, dans lequel la prière de recueillement est décrite. Thérèse "s'est engagée sur le chemin que ce livre lui conseillait, à aimer la solitude et à se confesser souvent ... Alors, le Seigneur a commencé à la combler de nombreuses grâces ; il l'a élevée jusqu'à la prière de paix et parfois même à la prière d'union. À l'époque, je ne comprenais pas ce que c'était" (Vie IV,7). Le Seigneur l'élève donc vers ces types de prière, où la volonté de l'homme s'unit à la volonté de Dieu et est entièrement orientée vers le Christ (prière de paix) ; où le Christ, vivant dans le cœur de l'homme, fascine et comble toutes ses puissances et capacités spirituelles, de sorte que toutes ces forces spirituelles s'unissent à lui (prière d'union). Ce type de prière ne dura pas longtemps. Thérèse se concentre de plus en plus sur le Christ, sur la méditation de son humanité. "Lors de ma prière, je m'efforçais par tous les moyens de garder Jésus-Christ, notre Seigneur et notre bien. Lorsque je méditais sur un événement de sa vie, je faisais beaucoup d'efforts pour l'imaginer dans mon âme ... Le Seigneur ne m'a pas permis de réfléchir avec l'esprit, ni même d'utiliser mon imagination ; en effet, je l'ai si faible que je n'ai jamais pu imaginer l'apparence humaine de notre Seigneur, bien que j'aie fait tout mon possible" (Vie IV,7).

La vie de Thérèse est maintenant très clairement influencée par le mystère du Christ. Elle a compris ce qui importe dans sa vie, à savoir le contact vivant et personnel avec le Christ, la prière, qu'elle définit à juste titre comme "une relation intime d'amitié, une conversation fréquente entre quatre yeux avec celui dont nous savons qu'il nous aime" (Vie VIII,5). Elle commence à découvrir sa propre vocation la plus authentique. Bien qu'elle ait trouvé sa propre forme de prière, il n'était pas facile pour elle de prier ainsi avec persistance. "De nombreux jours, je préférais faire des pénitences, je ne sais comment, plutôt que de me rassembler pour prier" (Vie VIII,7). Progressivement, elle réalise aussi de plus en plus que sa vie quotidienne ne correspond pas à ce qui émerge sans cesse dans sa prière. Elle perçoit sa vie comme "une mer déchaînée ... Je tombais et me relevais si mal que je tombais à nouveau ... Je peux dire que ma vie était la plus pitoyable qui soit, car je n'avais pas le plaisir de Dieu, ni le monde ne me satisfaisait" (Vie VIII,2). Cela allait même jusqu'à ce qu'elle ressente en elle "un dégoût de continuer cette amitié particulière avec Dieu, qui naît de la prière ... Il me semblait raisonnable de me conformer à la majorité, de me contenter des prières prescrites, de prier oralement et d'abandonner la prière contemplative" (Vie VII,1). Ici, nous voyons clairement la caractéristique fondamentale de la prière de Thérèse : il s'agit d'une amitié ; ainsi, renoncer à la prière n'est pas un péché moral dans le sens du non-respect d'une prescription, mais c'est une infidélité envers un ami. Thérèse voudrait appartenir entièrement au Seigneur, être avec lui, et ainsi respecter l'engagement d'amitié, car elle sait que Dieu l'aime toujours, lui fait face malgré ses infidélités. Pourtant, elle ressent encore et encore à quel point elle est faible, à quel point elle s'attache aux autres, à quel point elle est esclave.

Un jour, "Jésus-Christ m'est apparu, il me regarda très sévèrement et me fit comprendre à quel point cela lui déplaisait. Je le vis par les yeux de l'âme, bien plus clairement que par les yeux du corps, et il me reste gravé en moi, au point que j'ai l'impression de le voir encore ... J'étais si horrifiée et troublée que je ne voulais même plus voir cette personne avec qui je parlais" (Vie VII,6).

L'importance de cet événement pour le chemin de Thérèse vers la rencontre avec le Christ est évidente. Tout dans sa vie est alors clairement immergé dans la lumière christologique. Par cette révélation, elle comprend qu'elle est appelée à quelque chose de plus grand que la simple observance de règles, que sa vie religieuse est avant tout un lien personnel avec Jésus-Christ.

Pourtant, la conversion finale au Christ n'était pas encore achevée. Elle décrit sa situation ainsi : "Je désirais la vie, car je sentais que je ne vivais pas, mais que je luttais contre l'ombre de la mort" (Vie VIII,12). La racine de sa dislocation intérieure était, comme elle l'admet elle-même, une trop grande confiance en elle-même.

Une autre rencontre avec Jésus-Christ apporte finalement la libération. "Un jour, en arrivant à l'oratoire, mes yeux sont tombés sur une statue, qui avait été placée là ... Elle représentait notre Seigneur couvert de blessures ; elle était si expressive qu'elle m'a profondément touchée, car elle représentait vivante combien Jésus a souffert pour nous : à la pensée de l'ingratitude que je manifestais face à ces blessures, une telle douleur m'a envahie que j'avais l'impression que mon cœur allait éclater. Je me suis jetée à ses pieds, dans un flot de larmes, et j'ai demandé au Seigneur de me donner la force de ne plus l'offenser ... Il me semble que je lui disais que je ne me relèverais pas jusqu'à ce qu'il m'accorde ce que je lui demandais. Il a sûrement dû m'écouter, car depuis ce jour-là, j'ai beaucoup changé" (Vie IX,1,3).

C'est ainsi que commence la phase mystique dans la vie de sainte Thérèse ; cela signifie que désormais, le Christ lui appartient entièrement. Ce deuxième chapitre de la vie de Thérèse, de sa conversion jusqu'à sa mort, peut être caractérisé par les mots : le Christ va à la rencontre de Thérèse. Par là, nous entendons diverses révélations et appels, qui sont des signes extraordinaires que le Christ a pris l'initiative dans sa vie.

En parlant de la christologie de Thérèse, il est nécessaire de mentionner au moins brièvement sa relation avec l'Église. Dans son amour pour l'Église, se manifeste la vérité du suivi du Christ. Tout comme elle est prête à mourir pour le Christ, ami de son âme, elle est également prête à mourir pour l'Église, car elle était totalement "prête à subir plutôt mille fois la mort que d'admettre que quelqu'un croie que j'aurais enfreint le moindre rite ecclésiastique" (Vie XXXIII,5). Le Christ et l'Église sont pour elle d'une certaine manière un et identique. "Le monde entier est en flammes, les impies désirent encore une fois condamner Jésus-Christ – comme on le dit – ils l'entourent d'innombrables insultes et tentent par mille façons de détruire son Église" (Chemin vers la perfection 1,5). La prière, la souffrance et le sacrifice sont pour elle au service de l'Église. C'est le résultat de son amitié avec le Christ, car il vit encore dans son Église. Thérèse souhaite par sa réforme de l'ordre aider le Christ, entrer dans sa mission – sauver les âmes. "Cela m'importe peu de rester au purgatoire jusqu'au dernier jugement si je sauve par mes prières ne serait-ce qu'une seule âme ! ... Ne faites jamais attention aux souffrances qui passent, s'il s'agit de servir celui qui a tant souffert pour nous ... Je vous en supplie par l'amour de Dieu, priez Sa Majesté pour qu'elle nous entende. Moi-même, je n'ai jamais cessé de le demander malgré ma grande misère : il s'agit de sa gloire et du bien de son Église, et là se dirigent tous mes désirs" (Chemin vers la perfection 3,6).