Vierge Marie du Mont-Carmel

Le Carmel a reçu des conciles l'autorisation de s'appeler "ordre de la Vierge Marie", car il la considère comme son modèle et sa Mère.

Ce titre exprime sans aucun doute l'une des nuances de l'amour que diverses familles religieuses et âmes portent à Marie, Mère de tous.

Le Carmel est entièrement marial, comme l'indiquent son histoire et la profonde raison de cette réalité historique.

Un peu d'histoire

L'histoire de notre ordre montre une certaine interdépendance entre Marie et le Carmel. Dès ses débuts, l'ordre se tourne vers Marie, et elle se penche vers lui à chaque grand moment de son histoire, lui donnant ou préservant des saints.

Le premier lien entre Marie et le Carmel s'est manifesté dans l'antiquité. Le prophète Élie aperçoit du sommet du mont Carmel un petit nuage s'élevant de la mer, suivi d'un grand nuage. Ces signes annoncent la fin de la sécheresse, châtiment divin pour l'idolâtrie du peuple juif. Ce nuage est l'avant-goût de Marie, qui précède et porte déjà en elle le don de l'eau, abondamment répudiée par le grand nuage, symbole du Christ.

Élisée, les "fils des prophètes" et Jean-Baptiste s'inspirent de deux aspects de la vie d'Élie : ils s'efforcent de demeurer en la présence du Dieu vivant et de brûler de zèle pour le Seigneur, tout comme Marie vivra toujours en intimité avec Dieu et lui servira volontiers.

Depuis le IVe siècle, des pèlerins revenant de la Terre Sainte parlent de l'existence de chapelles sur les lieux autrefois habités par Élie. Ces sanctuaires témoignent également que l'esprit du prophète vit encore sur le mont Carmel et dans ses environs.

À la fin du XIIe siècle, des ermites latins, arrivés en Terre Sainte durant les croisades, s'installent sur le mont Carmel et demeurent fidèles à la spiritualité d'Élie. Ils se consacrent à la Vierge Marie et lui dédient leur première chapelle. Vers 1209, les "ermites de la Vierge Marie du Carmel" reçoivent la règle du patriarche de Jérusalem, Albert. En 1247, le pape Innocent IV établit que les "frères de la Sainte Vierge" doivent mener une vie monastique consacrée à la contemplation et à la prédication. Ces moines fondent de nombreux couvents en Palestine.

Mais menacés par les Sarrazins, les carmes se réfugient en Europe. Saint Louis retourne en France en 1254 avec six frères de la Sainte Vierge. À la fin du XIIIe siècle, les Sarrazins tuent des moines sur le mont Carmel. L'ordre ne revient en Terre Sainte qu'au début du XVIIe siècle.

Au milieu du XIIIe siècle, le scapulaire soutient l'établissement difficile et l'expansion de l'ordre en Europe. Le port de ce "habillement de la Sainte Vierge" devient un signe de consécration à Marie et de sa protection.

Au Moyen Âge, deux réalités prouvent que l'ordre appartient à la Vierge Marie : la littérature mariale en prose et en vers ; la pieuse dévotion des carmes envers les proches de Marie (sainte Anne et saint Joseph) ; trois saints que la Sainte Vierge a donnés à l'ordre : saint Pierre Thomas, saint André Corsini et saint Ange (Angelus).

Au XVIe siècle, sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix réforment l'ordre. Ils ravivent le sens de la consécration à la Vierge Marie en lien avec la règle originelle.

Vers l'âge de quatorze ans, sainte Thérèse choisit Marie comme Mère après la mort de sa maman. En tant que carmélite, elle vit dans une profonde union avec la Sainte Famille. Elle place saint Joseph à l'une des portes du couvent comme gardien de l'incarnation de Jésus en Marie. À une autre porte, elle place Marie, qui permet à Christ d'accéder.

La Vierge Marie intervient trois fois dans la vie de saint Jean de la Croix. Dans son enfance, elle le sauve de la noyade, ensuite elle le libère de prison et enfin elle lui apparaît lors de sa mort.

Depuis la réforme du Carmel, Marie veille sans cesse sur son ordre. À l'heure actuelle, la vie de deux carmélites témoigne de cette présence constante de Marie. Sainte Thérèse de Lisieux vit continuellement avec Marie, qu'elle aime innocemment depuis la mort de sa mère. Et la bienheureuse Élisabeth de la Sainte Trinité appelle Marie sa "Porte du Ciel".

Le cœur divinisé de Marie et le Carmel...

Cette réalité historique n'est pas donnée de l'extérieur. Elle est le résultat d'une heureuse rencontre. Le Seigneur a permis un lien fondamental entre Marie et le Carmel. Ce lien est un moyen théologal, une manière divine de voir (foi), de vouloir (amour) et de sentir, c'est-à-dire de réagir à chaque moment. Tel est le mode de vie du cœur divinisé de Marie. La dévotion à la Vierge Marie au Carmel est ainsi fondée sur la même essence de la vocation du Carmel dans l'Église. Elle ne se limite pas aux actes, comme le chant "Salve Regina" chaque soir, ou au samedi marial. Cette dévotion s'exprime dans toute la vie du Carmel, qui se façonne selon la vie du cœur divinisé de Marie. Pour saisir la structure mariale de la vie carmélitaine, il est nécessaire de prendre en compte l'âme de l'ordre, tout en écartant le sacerdoce. Le Carmel est marial non pas pour le respect de tel ou tel mystère (Annonciation, Conception Immaculée, etc.) ou pour telle ou telle vertu (amour, compassion, etc.). Le Carmel devrait être essentiellement dans le cœur de l'Église actuelle ce que Marie était dans l'Église primitive.

Les carmélites n'ont pas reçu la mission de louer liturgiquement comme les bénédictins, ni de répandre la lumière comme les dominicains, ni d'apostolat conquérant comme les jésuites et autres, ni de charité masculine ou féminine. La vocation du Carmel s'attribue toute l'âme de Marie. Cette fonction ne minimise en aucun cas les autres. Au contraire, elle les présuppose. Elle est cependant indispensable dans l'Église. Sans elle, les apôtres, les martyrs, les confessants, etc. n'auraient pas eu la force d'accomplir leur mission.

La mission du Carmel est essentiellement féminine. Elle met en parallèle la grâce et la nature, le surnaturel et les capacités naturelles. Le Carmel devrait jouer dans l'Église le rôle que Marie a joué par son amour. Cet amour marial se caractérise par des propriétés surnaturelles qui correspondent aux capacités naturelles de la Mère vierge.

La vie du cœur divinisé de Marie

L'amour caché... La Sainte Écriture se tait sur le rôle de la Vierge Marie, qui peut être exprimé par des allusions et des déductions. Nous pouvons observer le rôle essentiel de cet amour dans l'Église naissante. Le Carmel devrait vivre l'intimité de Marie avec Dieu et devrait lui enseigner. L'amour de Marie ne s'impose pas et ne perturbe pas en attirant. C'est un amour qui se donne si loin qu'il constitue une pure disponibilité dans les mains de Dieu. La soumission de l'âme de Marie est totale. (Ascension au Mont Carmel, III,10). Marie est le modèle du Carmel dans son amour caché.

L'amour douloureux... L'amour douloureux de Marie - non pas plaintif ! - transforme la souffrance en amour, au lieu de la repousser comme le fait l'homme. La souffrance dans l'amour de Marie - co-rédemptrice engendre l'amour, faisant croître et s'étendre l'amour. En Marie, il y a donc un rôle de renoncement, de mortification, positif, car il nous incite à aimer davantage. C'est pourquoi les anciens auteurs de notre ordre attachaient une grande importance à la pureté du cœur. Selon l'exemple de Marie, l'âme contemplative souffre pour elle-même - la contemplative souffre plus que les autres - et pour le salut du monde. Dieu n'hésite pas, il peut compter sur elles. Le Seigneur a ainsi traité Marie durant toute sa vie terrestre. Il en va de même pour les âmes qui vivent la vie de leur Mère.

L'amour intérieurement fécond... Souvent, il est visible seulement par l'activité extérieure. Mais combien de fois n'existerait-il pas ou semblerait incompréhensible sans le soutien caché de l'amour bienveillant de l'épouse ! Cette double activité est essentielle à la vie en Dieu. Dans l'Église primitive, Marie jouait ce rôle caché comme source, l'animatrice invisible, la consolatrice. Que seraient devenus les apôtres sans elle ?

Le Carmel devrait vivre dans l'Église de la même manière, tel une source cachée, comme un jardin fermé au bruit du monde, mais ouvert à l'appel des âmes, surtout des âmes sacerdotales !

Le suivi de l'âme de Marie conduit souvent à une heureuse et totalement cachée intimité avec Marie elle-même. Les anciens auteurs de notre ordre appelaient Marie une sœur. C'est pourquoi les carmélites s'appellent "frères de la Vierge Marie". Plus tard, Marie a été davantage désignée au Carmel comme "mère". Les mots désignant Marie au Carmel sont peu importants. Cet ordre devrait vivre comme une Mère vierge d'une manière fondamentalement virginale et maternelle. Il devrait être le reflet de l'âme de Marie dans son amour caché, douloureux et fécond pour le Seigneur et pour le salut de tous les hommes.

Victor Sion O.C.D.