Tout véritable disciple du Christ doit mener un combat spirituel
Les Carmes de toutes les époques ont compris que leur effort de se consacrer au service du Christ signifie accepter la mission du Christ et la poursuivre, dans la mission de celui qui, dans son œuvre de rédemption, a dû mener une bataille incessante et difficile contre les puissances du mal.
La règle carmélitaine, qui remonte à la spiritualité des pères du désert, ne néglige nullement le combat spirituel que chaque véritable disciple du Christ doit mener. L'armure spirituelle nécessaire est décrite en détail par la règle, principalement à l'aide de l'image utilisée par saint Paul (1) : "Parce que la vie de l'homme sur terre est une épreuve et que tous ceux qui veulent vivre pieusement en Christ souffrent la persécution, et de plus, votre adversaire le diable rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer, efforcez-vous de revêtir l'armure de Dieu avec soin, afin que vous puissiez résister aux ruses de l'ennemi" (chap. 14).
Les Carmes ont réalisé que suivre le Christ ne consiste pas seulement à l'imiter, mais plutôt qu'il entend personnellement entrer dans nos vies par sa grâce, au point que nous soyons réellement ses membres vivants. Le Père céleste s'attend à ce qu'il voit en nous l'image de son Fils : c'est la seule chose qui nous rend agréables à ses yeux. Si l'expérience de la vie du Christ par ses disciples doit être authentique, elle comprendra inévitablement aussi la croix. Il est bon de noter que pour sainte Thérèse d'Avila, tout comme pour sainte Thérèse de Lisieux, le moment clé de leur vie spirituelle a été lorsqu'elles se sont rencontrées avec l'image du Christ crucifié, saignant et souffrant incommensurablement. Toutes deux ont été frappées par le fait que le sang versé ne produisait pas le fruit escompté. Toutes deux ont accepté, pour le reste de leur vie, la souffrance qui faisait partie intégrante de cela, afin que le sang rédempteur de Jésus apporte le salut à tous ceux pour qui il a été versé. En d'autres termes, ces deux éminentes carmélites ont compris que Jésus, pour nous libérer des griffes du mal et nous conduire à une vie de grâce, a dû beaucoup souffrir. Elles comprenaient également qu'en tant que carmélites, elles étaient invitées à participer à l'œuvre rédemptrice du Christ en faveur de leurs contemporains, et qu'elles devaient donc être prêtes au combat, tout comme leur divin Époux.
Sainte Thérèse de Lisieux, une sainte qui voyait tout comme une grâce et dont le sourire cherchait à cacher sa souffrance – physique, morale et spirituelle – même devant Dieu, si cela avait été possible, a réalisé que la souffrance n'est pas seulement quelque chose qu'il faut endurer, mais c'est même quelque chose de désirable, et ce, non pas dans un sens masochiste, mais plutôt comme une prolongation et une actualisation de l'œuvre rédemptrice du Christ. À la fin de sa vie, lorsqu'elle était plongée depuis dix-huit mois dans une nuit de foi apparemment sans fin, lorsqu'elle se demandait s'il y avait réellement quelque chose après la mort et s'étonnait que plus de gens souffrant comme elle ne se suicident pas, Thérèse a héroïquement associé la sainteté à la souffrance. Elle croyait que la fiancée doit être avec son époux ; le Christ a choisi le chemin de la croix, donc elle doit le suivre.
(1) Éph 6,10–17.
Extrait du livre (éd. rev.) : Le Carmel dans l'église tchèque
Auteur : Redemptus Valábek, OCarm.
Édité par : KNA